Souvenirs d'un temps passé, que je ne vivrai plus. Souvenirs d'une vie plus que mouvementée et d'un garçon plus qu'extraordinaire. Delbrouck, je t'aime encore, je n'en peux plus. J'espère que tu m'entends.
Nico, j'ai vécu avec toi les plus beaux moments de ma vie. Je me souviens de la plupart comme si c'était hier. Déjà on s'est rencontrés en classe, en faisant des vieilles fintes pendant les cours. J'ai tout de suite remarqué qu'on avait le même humour, les mêmes intérêts. Même si pour moi tu n'étais au début qu'un ami. Un super ami. J'adorais être avec toi, parler, rire, traîner un peu devant la grande fenêtre près de notre classe qui donne sur la cour et regarder les gens. Puis on allait dans nos groupes respectifs, et on se revoyait en classe.. J'nous revois encore en cour d'anglais, avec la prof qui savait pas te voir et qui te mettait dans le couloir à chaque fois, alors qu'on est tous témoins, à chaque fois t'avais rien fait. On était juste un peu bavards en fait, et tu sais très bien que comparé aux gros bordel que les mecs faisaient tout le temps (cette année ils se sont bien calmés franchement), c'était pas grave du tout ! Tu te retournais tout le temps pour parler, et à pleins de cours on entendait un prof dire « Nicolas et Louise, taisez vous ! » J'dirai que cette époque ou on a commencé a se fréquenter, c'était chouette
Puis y'a eu toutes ces histoires, ça s'est passé très vite, j'ai pas compris tout ce qu'il se passait. Mais j'me souviendrai toujours de la soirée chez Romane, fin octobre, avant ton anniversaire t'avais le poignet cassé et ton petit plâtre sur lequel j'avais écrit LOUISE en immense. J'me souviendrai toute ma vie de cet appui de fenêtre, de la première fois qu'on s'est embrassés. De la petite barrière ou on s'était assis, glacés. Toi tout mignon tu m'avais proposé tes chaussures pcq j'avais perdu les miennes. Tu es le garçon le plus gentil que j'aie jamais rencontré, le plus attentionné, le plus chou. T'aurais tout donné pour faire plaisir aux gens. Enfin voila, après cette soirée y'a eu la période hésitations. Celle ou j'savais pas trop ou j'en étais. J'voyais très bien que tu voulais absolument être avec moi, et moi j't'ai fait attendre, t'étais pas trop dans mes gouts avec ton gel et ton pull shrek, puis la situation était légérement tendue et j'voulais pas en rajouter une couche, j'rentrerai pas dans les détails mais avec le recul j'aurai pas du avoir de scrupules franchement ! Quand j'me rends compte du temps qu'on aurait déjà pu passer ensemble, ça m'rend dingue. Excuse-moi, j'ai perdu 2 mois pour rien. Dans cette période on peut compter la première soirée collège (hum). Quand j'y repense on ressemblait a rien. Puis quand on est allé a Lille avec Julie, quand on allait boire des verres au passé simple les vendredis à 4 heures à la place d'aller comme tout le monde au Don'. Le jour où j'suis venue regarder « the others » chez toi et ou j'ai rencontré tes parents. (Même qu'on avait rien suivi au film). Quand t'es venu chez moi la première fois, j't'avais baptisé mon coussin préféré. Puis la journée classe à Anvers, on était resté à deux tout le temps, dans le bus, assis sur la scène et tout ça. Et aussi le mois de décembre, avec les examens, on était à l'étude, moi juste devant toi et je n'arrêtais pas de me retourner pour te parler, on riait bien. Y'avait peut être quelque personnes qui gâchaient un peu le décor mais justement, c'était ça qui était drôle. On s'entendait vraiment super bien. J'ai les larmes aux yeux, en sachant que je ne revivrai plus des moments comme ceux la , avec des gens comme toi, c'est très dur de repenser à tout ça.
Puis la veille du réveillon est arrivée, et j't'ai proposé de venir chez moi regarder le Dvd de Justice. Cette soirée :) J'en pouvais plus de te faire attendre, t'avais fait pleins d'efforts pour être beau ces derniers temps. T'avais un peu compris comment j'avais envie que tu sois et t'avais trouvé que c'était beaucoup mieux que ce à quoi tu ressemblais avant. J'm'en suis souvent voulue, j'me suis dit que j't'avais trop changé, que vestimentairement et musicalement c'était plus le même Nico. J'espère que je n'ai quand même pas eu trop d'influence. J'en reviens pas à quel point t'as tout fait pour me plaire, à quel point tu m'voulais.. Tout ça pour dire que c'est devant Justice "A cross the universe " qu'on a décidé que j'arrêtais de te faire attendre pour rien, que tout allait commencer. Jamais je n'aurais cru que les mois qui suivraient changeraient et influenceraient ma vie et ma façon de penser, pour toujours. Puis y'a eu le réveillon, une soirée assez.. mouvementée on va dire. T'as été le plus chou des choux. J'me souviens j'attendais que tu passes me chercher en voiture avec ton papa. J'avais ma petite robe de soirée, toi ton petit costard, j'étais trop heureuse ce soir la.
On a à peine eu le temps de passer un mois en tant que couple normal. J'allais à l'école le matin en souriant, j'étais heureuse. On se voyait tous les mercredis après midi chez toi. C'était l'époque ou il gelait , on glissait comme des gamins sur les flaques d'eau, pendant les récréations, ou on restait dérrière notre grande fenêtre à regarder la cour. On allait l'un a coté de l'autre en classe. J'pensais tout le temps à toi, j'faisais que t'envoyer des sms et te parler sur internet. Dès qu'on avait l'occasion on se cassait chez l'un l'autre. C'était le paradis. On est allé une fois au cinéma à deux, voir twilight, et j'ai fait une vieille allergie pendant la deuxième partie, de toute facon j'arrivais pas à accrocher au film et toi non plus. On est resté jusqu'au bout quand même puis on a fait venir ton père en urgence avec un anti histaminique :) Comme si on était allergique aux doritos franchement ! Sinon, c'était chouette, cette ambiance d'hiver, quand on se promenait avec nos écharpes manteaux et qu'on avait de la buée qui sortait de la bouche, et le nez tout rouge. Y'a une chanson qui me revient de cette époque et qui ne me rappelle que des bons souvenirs, Veridis quo, un peu notre chanson on va dire.. Je ne peux plus l'écouter sans pleurer.
Fin janvier, j'suis tombée malade, mononucléose. Un truc pas grave du tout mais contagieux. J'avais les amygdales aussi grosses que des noyaux de prunes. Je me souviens exactement : mercredi matin je n'étais pas à l'école, c'était la semaine de la soirée lunettes, et j'étais trop fâchée pcq comme j'étais malade, j'pouvais pas y'aller. Toi t'y es allé et tu m'envoyais pleins de sms alors que moi j'regardais louis de Funès chez mes grands parents, puisque ma maman était à Prague. Puis j't'ai dit que j'avais la mono, et que c'était contagieux, que tu l'avais donc sûrement attrapée aussi puisque ca s'attrape en embrassant. Tu l'as dit à tes parents et justement ils te trouvaient tout faible et tout blanc ces derniers temps, mais ça ne les a pas trop inquiétés puisque vous étiez alors presque persuadés que tu avais la mono. T'as fait une prise de sang pour vérifier que c'était bien ça... mon dieu.
Pourquoi ? Mais pourquoi ? Vous vous êtes rendu compte que tes globules blancs n'étaient pas normaux, et vous avez trouvé des cellules cancéreuses. C'était le lundi. Ce lundi la vous avez envoyé ton sang à Bruxelles pour des analyses. Tu m'envoyais des tonnes de sms, tu étais très inquiet, c'était quasi certain : Soit une leucémie, soit un lymphome. Restait à savoir lequel des deux enfers tu allais vivre. Mais moi lundi j'avais encore l'espoir que c'était une mauvaise analyse, que c'était une erreur. Les choses comme ça, les maladies, ça n'arrive qu'aux « autres », à ceux d'à coté. Mardi, en attente des résultats de bruxelles. Sms - Sms - Sms... on a pas arreté, on était très mal, j'pleurais et ma grand-mère comprenait rien à la situation. Puis tu as su ce que c'était, et j'ai vu mon Gsm sonner. J'ai tout de suite su que c'était une mauvaise nouvelle, que le verdict était tombé. Je m'en souviens précisément, c'est la première fois qu'on s'est parlé au téléphone.
17h23, mercredi 4 février 2009, appel de « Nicoooo »
On a pleuré, au téléphone.. En fait je n'avais jamais autant pleuré. Ce n'était malheureusement pas la dernière fois. Ce qui allait occuper tes jours pendant les 5 mois et demi qui allaient suivrent, c'était une leucémie. Tu ne savais pas encore quel type, si c'était avancé, quels traitements tu allais devoir suivre. La première question que tu as posée à ton papa, en le regardant droit dans les yeux : « est-ce que je vais mourir ? » J'ai su ça après.
Biensur que non, tu n'allais pas mourir de ça. Ce mercredi noir, on a commencé, très tôt mais c'est ce qu'il fallait, à rire de la maladie, à positiver, à être optimistes. Dans les sms qui ont suivi l'appel, j'ai tout de suite compris que tu prendrais ça bien, avec toute ta force pour t'en sortir, en étant le plus léger et réaliste. Tu m'as étonné, tu as gardé la tête haute. Le lendemain, j'allais à l'école, j'ai beaucoup pleuré, nos amis aussi. La nouvelle s'est peu à peu répandue, puis en moins de trois jours, la plupart des mouscronnois étaient au courant.
Quand à nous deux, on ne s'étaient pas vu depuis 1 semaine et demie, c'était long, très long, j'avais envie d'être là pour toi, de pouvoir te serrer dans mes bras, te montrer à quel point je voulais te soutenir et te rassurer. Je n'allais jamais te laisser tomber. Tu es allé à St Luc le jeudi, tu ne savais pas trop à quoi t'attendre, tu allais vers l'inconnu, la peur au ventre. Tu m'as avoué plus tard que tu portais tes Wayferer dans la voiture, pour pleurer.. Tes parents m'ont dit que la bas, on t'avait tout de suite pris en charge, on t'avait expliqué en long et en large ce que tu allais vivre, on t'avait un peu rassuré. Tu allais un peu mieux, tu voyais qu'ici, on ne mourait pas si facilement que ça. Tu allais te battre. Mais tu ne savais pas si c'était grave, et quels traitements tu devrais suivre, il fallait attendre deux semaines d'analyses, de prises de sang, de ponctions lombaires.. JAMAIS je ne t'ai entendu te plaindre. Tu m'auras toujours impressionnée. Tu es le garçon plus courageux que j'aie jamais connu. Je voulais te voir, et ça faisait déjà deux semaines qu'on ne s'était pas vu et qu'on traînait cette nouvelle dans nos ventres. Je n'allais pas bien, je déprimais. Le samedi de la semaine qui a suivi la nouvelle, j'ai sauté dans le premier train, avec mon mp3 et mon cafard. 1h30 à me demander comment j'allais réagir, à pleurer. Dans le métro, puis dans les quartiers universitaires ou j'trouvais pas le chemin. Puis J'ai trouvé l'hôpital, comme une grande, l'unité du 5eme étage pour les maladies du sang, la chambre 531.. J'ai pris une grande inspiration, j'ai séché mes larmes... et j'ai poussé la porte.
Nico :'( Oh mon dieu. Le moment le plus fort que j'ai jamais passé avec qui que ce soit. Plus qu'émouvant. Quand j't'ai vu à travers la vitre de la deuxième porte, que t'as tourné la tête et que tu m'as vu aussi, que tu t'es levé, et qu'on s'est jeté dans les bras l'un de l'autre sans dire un seul mot, j'pense qu'on est resté silencieux serrés pendant 5 minutes... C'était beau, j'voudrais un jour revivre un moment comme celui la. Aucun de nous deux n'a jamais pleuré devant l'autre pour ta maladie. Je n'ai jamais su d'où venait cette force. En tout cas à partir de ce samedi la, ma vie a basculé. Tes amis nous ont rejoint, j'sais plus trop qui était la, mais y'avait toulot, hugo, idir, ca j'suis certaine. Puis L-d et Aimé sont passés le soir je pense, quand on était déja partis. L'hôpital, les maladies... Ma vision a complètement changé. Mais ça a été dur, pendant tout le mois de février jusque fin mars, tu es resté à l'hôpital. Heureusement c'était une LLA, la moins grave, la moins évoluée. Puis t'as du rester pour ta première chimio. On a passé notre St Valentin la bas, et c'était une journée magnifique, à deux dans cette petite chambre, à manger des bonbons et à dire des conneries, à rire, à se regarder, puis de nouveau à rire, de tout, de n'importe quoi, de ton voisin de chambre qui avait un nom impossible à prononcer et qui parlait tout seul...T'étais trooop gêné de pas avoir su m'acheter un cadeau, pour finir tu m'as offert le pull à capuche blanc hollister, mon préféré, j'le met super souvent ! Sinon la semaine, j'passais tout mon temps sur skype. C'était chouette aussi, grâce à ce programme, j'ai pu récupérer 1200 photos de toi, et comme tu aimais pas te faire prendre en photo, j'peux te dire que ça nous a fait plaisir que de les retrouver pour avoir des souvenirs de toi. J'pense que ce qui a été dur pour toi, c'est de nous savoir ensemble, à l'école et tout ca, alors que toi t'étais tout seul, de savoir qu'on sortait quand t'étais seul.. Pour toi j'ai raté deux ou trois soirées, juste pour te parler sur skype, j'adorais te parler, alors j'men fou complètement. Sinon j'sais que j'ai passé deux soirées au téléphone, celle chez océane, ou on a parlé toute la soirée, et la deuxième soirée collège, que j'ai passé dehors accrochée a mon gsm, qui se baladait aussi de mains en mains et que j'ai perdu de vue. :) La note par contre elle a pas trop fait plaisir à tes parents, 500 ou 600 euros nan ? alors que t'étais persuadé que t'avais blindé de minutes gratuites. Rien que pour avoir une approximation du temps qu'on a passé au téléphone quoi :)
Puis tu as du affronter un coup dur en plus, les chimios avaient commencées depuis 3 semaines, et tu as perdu tes cheveux. Qu'est ce que j'suis heureuse d'avoir prise cette photo à deux, le jour de la st Valentin, quand tu les avais encore. Juste avant de les perdre, t'étais parfait, tu les avais un peu laissés pousser pour moi, et ça t'allait super bien, tu les adorais, tu voulais pas les perdre. Mais t'as pas eu le choix, j'me souviens du sms que tu m'as envoyé le vendredi alors que j'venais le lendemain et que j'espérais qu'ils auraient encore tenus un peu : « Louise, tu vas pas être contente, mais ils tombaient trop et par poignées, alors on les a rasé » Mais mon petit gars, j'en avais rien à foutre de tes cheveux, je t'aimais à fond, j'préfère sortir avec le chauve le plus gentil et le plus courageux, qu'avec un beau gosse comme les autres qui m'apportera rien. Quand tu es rentré a Mouscron, avec toutes les précautions nécessaires, masques, sterilium gel, médicaments, piqûres, tu venais nous attendre à la sortie quand t'avais assez de globules, la première fois que j't'ai vu m'attendre devant l'école, j'pense que j'ai sauté dans tes bras comme une furie alors que t'étais en train de parler avec un ami. Je m'excuse envers cet ami qui a du me prendre pour une folle et se sentir de trop , mais te voir dehors pour la première fois depuis 2 mois, ça m'avait fait un choc, j'étais heureuse. T'étais la avec ton petit masque bleu, et on est allé chez moi, tout le monde sur la route se retournait comme si t'étais un extra terrestre, et on l'a pris avec humour. On en rajoutait une couche, on parlait super fort et on s'amusait bien. Même quand ma mère t'as vu entrer dans la maison elle avait les larmes aux yeux, elle t'as demandé si elle pouvait te prendre dans ses bras. C'était émouvant. C'est la période examen de paques. J'avais eu trop de mal à étudier avec toutes ces histoires. T'es passé à la fin des examens, quand on était tous devant le don, il faisait Méééga chauud. Je pense que j'étais un peu lourde ce jour la, j'avais noyé les mois difficiles que j'avais vécu. Mais sur le coup j'mamusais comme une folle. C'est ce jour la que Hugo M a trouvé que tes petits cheveux qui repoussaient, ça faisait un peu Kiwi. Et ça t'a suivi jusqu'à la fin, petit Kiwi.
Mais on n'était pas au bout de nos surprises. Tu devais retourner à st Luc pour ta chimio, et un jour elle ne s'est pas bien passée. Coup du sort, c'était un samedi, jour de ma visite. Ce matin-là j'ai tout de suite su que ça n'allait pas en rentrant dans le train pour Bruxelles. Déjà d'habitude tu m'envoyais un petit sms pour savoir à quelle heure j'allais arriver pour avoir le temps de te laver. Enfin bon j'me disais que tu dormais encore... Mais à 10 heures tu ne répondais toujours pas et ça ne te ressemblait pas. J'étais très mal, je savais que ce n'étais pas normal, j'ai même téléphoné a margaux, à la sortie du métro alors que je n'étais même pas encore entrée dans l'hopital, car j'étais en pleurs, j'avais un mauvais pressentiment, et que je devais attendre qu'il soit midi avant de pouvoir rentrer dans ta chambre. Et effectivement, quand je suis rentrée ça n'allait pas. Tu « dormais » encore, j'suis venue te faire un bisou et j'ai vu que tes yeux étaient mis ouverts, alors j't'ai parlé mais tu as à peine répondu, tu étais tout blanc. Je ne rentrerai pas dans les détails sinon j'ai trois pages sur cette journée. Mais en gros, je t'ai vu tomber dans le coma, j'ai vus l'agitation des infirmiers, des medecins autour de toi, jusqu'à ce qu'on me dise que tu étais dans un état critique, inconscient et qu'il fallait t'emmener d'urgence aux soins intensifs. On m'a demandé d'essayer de te parler et de te faire répondre en attendant ton déplacement, pour garder le peu de conscience qu'il te restait. Alors je t'ai demandé qui étais devant toi...
tu m'as répondu que tu ne savais pas.
C'est comme si je recevais un gros seau d'eau en pleine figure. Tu ne savais même plus qui j'étais. Mais comme on m'avait bien dit d'insister, je l'ai fait. Tu as fait un gros effort, tu as ouverts les yeux, tu as dit Louise et tu as refermé tes yeux, enfoncé ta tête dans ton oreiller,... tu t'es laissé tomber dans le coma. Dire que le dernier mot que tu as prononcé ce jour la, c'était Louise. La suite fut affreuse, comme dans un rêves, le décor n'était comme pas réel, j'avais l'impression de me trouver dans une télé. Transfert aux soins intensifs, ascenseur des infirmiers, couloirs, lumières, comme dans les films, j'ai tout vu, tout vécu, en train de courir avec les infirmiers à coté de ton lit en te tenant la main. Puis j'ai du m'arrêter, attendre dans une pièce. En fait à Bruxelles, les horaires de visite des personnes qui nécessitent des soins plus que particuliers et urgents, sont très strictes, on ne peut pas y entrer avant 18h30 et on doit être parti pour 19h30 Comme ça s'est passé à 14h, j'ai attendu 5 heures seule, dans cette salle d'attente. J'ai appelé mes parents, puis les tiens, qui sont arrivés à 18h30. Ton papa a pris les choses en mains et comme il est médecin il a su faire en sorte qu'on vienne te voir plus longtemps.
Là aussi j'ai eu un gros choc, je t'ai vu dans un état tel que je n'aurais même pas pu imaginer. Je ne rentrerai pas non plus dans les détails, mais je reste choquée à vie par les images qui ont suivies. En gros, une machine,des bips bips toutes les trois secondes, des tubes partout qui rentraient dans tes bras, dans ta bouche, dans ton nez, les pulsations de ton c½ur, et tous des appareils inconnus qui faisaient beaucoup de bruit. Il faisait noir dehors, je tenais la main d'une personne inconsciente, dans un état pitoyable, avec des convultions (on t'avait même accroché au lit pour que tu ne te blesses pas) ... dans le coma. Je me souviens qu'a notre départ, je me suis dit que je ne pouvais pas imaginer le fait que tu te réveilles la dans cette chambre sans rien pour t'expliquer ce qu'il s'était passé, j'ai laissé mon echarpe au bout de ton lit, pour que quand tu te réveilles la première chose que tu vois, c'est que j'avais été la. C'est un très petit geste, je ne savais pas quoi faire, j'étais désespérée. Les medecins n'étaient pas positifs, ils disaient que tu souffrais énormément de maux de tête, tellement fort, que c'était inimaginable pour nous, et que tu pourrais rester très longtemps dans le comas, on a donc du déménager ta chambre 531 pour cette immense chambre de soins intensifs. On a pris toutes tes affaires, on m'a confié ton gsm et ton ipod. Tes parents m'ont reconduite. Je suis allée dormir. Le Pire samedi de ma vie, encore des images gravées d'un Nico qui va mal.
8h31 : sms de ton papa pour me dire que tu t'étais réveillé à 2heures du matin. Tu es resté 12 heures dans le coma. Tes parents m'ont proposé de venir me chercher pour aller te voir, ce dimanche la. Quand je suis arrivée dans ta chambre de soins intensifs, et que je t'ai vu dormir avec ma petite écharpe dans les bras, j'ai eu une bouffée d'air chaud dans le ventre, mon c½ur battait. Tu t'étais réveillé, avais vu l'écharpe, et tu l'avais tout de suite pris, ça tu me l'as dit après. Tu étais faible, mais en vie. Il fallait te donner à manger c'était trop mignon comme journée. On a su plus tard les causes :
que tu n'avais pas supporté ta chimio, qu'elle était trop forte, et qu'elle avait formé un énorme caillot de sang qui avait provoqué le coma. Mais tu as aussi été paralysé du coté gauche. Pas de chance,... t'étais gaucher. Le pire c'est que quand tu t'es réveillé, t'as pris un air tout triste, et tu m'as dit: "Oh Louise, j'suis désolé, désolé t'avoir faire perdre un samedi, et j'suis encore désolé, parce que le bracelet que tu m'a donné (à la st valentin, j'avais passé mon bracelet, pour qu'il pense a moi en le regardant, un vieux bracelet noir en perles, un objet sans histoire) il a fondu pcq ils ont oublié de me l'enlever quand il m'ont fait un scanner hier." M'enfin, j'ai failli eclater de rire, un bracelet fondu alors que tu t'étais réveillé, que t'avais failli mourir, andouille !
Les semaines ont passé, tu as encore du rester longtemps a l'hôpital tu en avait marre, la connexion Internet ne marchait pas toujours très bien et tu te sentais à l'écart, en plus tu es resté paralysé pendant 1 mois. Le pire, c'est que tu as fait des crises d'épilepsie, à cause de ton caillot. J'me souviens qu'un jour à midi alors que j'étais en salle picnic, j'ai vu mon gsm sonner, " Nico" et j'suis vite allée aux toilettes pour répondre, mais la c'est ta maman que j'ai eu à ta place. Elle m'a dit, "Louise Nico ne va pas bien il a fait 3 crises d'epilepsie ce matin, et comme j'ai vu que tu lui avais envoyé des sms, j'voulais te dire qu'il n'est pas en état de te répondre " Ce jour la je n'allais pas bien, et le soir on s'est téléphoné pendant une heure. Je ne savais pas trop quoi faire pour t'aider, j'devais éviter de parler fort pour pas que tu refasses une crise, on t'avait un peu shooté pour être sur que t'en fasse pas et tu racontais pleins de conneries :)
En tout cas j'avais plutôt intérêt à avoir du crédit sur mon gsm. Le temps filait, tu es rentré à Mouscron, on se voyait le plus souvent possible, on avait un peu pu récupérer notre vie de couple. Tu t'es permis trois ou quatre petites soirées, comme chez Toulot, ou on était pas beaucoup, et ou c'était génial, j'pense que c dépuis cette soirée que on l'appelle toultoul. Encore des très beaux moments. Je pourrais parler pendant des heures mais je pense qu'il faut aller à l'essentiel. Fin juin fut particulièrement chouette, y'avait la soirée chez océane, le bbq de la classe,.. les journées entre amis, les journées « maison », les films.. Puis début juillet on a pas trop eu l'occasion de se voir, on s'est fait un resto, le premier à deux, le dernier aussi. A part ca on s'est quasi pas vu, y'a eu l'histoire de la commande de pull sur internet qu'on a fait à deux et pour laquelle tu t'étais trompé d'adresses, ca nous avait fait rire.. jaune :) J'aurai voulu te voir plus. J'ai du aller chez mon papa, en Flandres. Cette fois la, j'avais décidé d'aller chez lui a vélo, pour faire du sport. J'voulais te dire au revoir pcq on ne se verrait pas pendant une semaine, donc j'suis passé chez toi, on est restés dehors, pas longtemps. On s'est serré dans les bras, on a un peu rit, on s'est dit salut je t'aime, ce qui est drole, c'est qu'on a jamais osé se le dire haut et fort l'un en face de l'autre, on était génés, puis je suis partie au bout de 10 minutes.
Je ne savais alors pas que c'était la dernière fois que je te voyais, la dernière fois que je te serrais dans mes bras, que je te sentais contre moi, que je t'embrassais. Cet au revoir fut le dernier. On a eu de la chance d'avoir pu se revoir une dernière fois de cette manière, en se disant à bientôt.
Tu voulais me rejoindre en Flandres, chez mon papa. En fait tu voulais faire la route avec moi le vendredi quand j'rentrerai à Mouscron. Ca aurait pu être chouette s'il faisait beau, t'avais pas eu beaucoup d'occasions de prendre ton vélo, et la route est jolie, dans les champs. Seulement, tu as voulu venir le mercredi pour faire la route une première fois. Comme ça vendredi, ça aurait été tout seul. Tu m'as parlé sur msn, on était sur les cartes google pour t'expliquer la route.. J'étais pas de super bonne humeur.. j'ai peut etre été un peu froide etj'm'en voudrai toute ma vie.
La dernière chose que tu m'as envoyée : « Je t'aime énormément », et j'ai pas eu le temps de répondre, tu t'es déconnecté.
Pourquoi... MAIS POURQUOI ?! Je ne me remet pas de ce qui s'est passé ensuite. Tu étais parti depuis plus d'une heure et tu n'étais toujours pas chez moi. Je commençais à m'inquiéter, tu ne répondais pas aux sms. Je t'ai appelé.. Plusieurs fois. Puis c'est ton papa qui m'a appelé pour demander si tu étais avec moi car tu ne donnais pas de nouvelles. Mais tu n'étais toujours pas là. J'ai commencé à sérieusement me dire que quelque chose n'allait pas. J'étais seule ce jour la et je ne pouvais pas prendre mon vélo car je devais surveiller un truc. Bref J'attendais que mon père revienne pour partir à vélo à ta rencontre. J'étais sur msn, je parlais à qqn, j'étais sur face. Je t'ai d'ailleurs laissé deux messages.. Mais quand mon père est arrivé, je suis sortie de la maison en pleurant et en disant que quelque chose n'allait pas, que tu ne répondais pas. J'avais peur qu'avec ta maladie tu ais fait un malaise, que tu sois tombé.. On a fait la route en voiture, je regardais tous les fossés, les champs, à la recherche d'un vélo rouge.
Puis on est arrivé sur cette route. J'ai vu une voiture de police, sur le coup je n'ai pas du tout pensé a toi, je me suis dit qu'il y avait eu un accident mais toi... non, pas toi. Comme si, c'est comme les maladies, les accidents de la route, ça n'arrive qu'aux autres. Mais on s'est arrêtés, on a demandé a qqn sur le coté ce qu'il se passait, il y avait une petite tente jaune sur le bord de la route, à coté de la piste cyclable. Il a répondu qu'il y avait eu un accident. C'était comme dans un cauchemar, tout était irréel, l'atmosphère, le temps, ce magnifique soleil avec cette tente en contre jour, ce ciel bleu, ces champs. Je suis sortie de la voiture, j'ai couru vers la tente jaune et vers les policiers, j'ai enjambé les bandes rouges et blanches. Puis l'enfer. J'ai vu par terre un vélo rouge écrasé, je n'ai pas mis un quart de seconde à le connaître, j'ai vu une petite bouteille d'eau, et un sac à dos. J'ai vu tes parents sortir de la tente, ta maman est tombée par terre, ton père pleurait. Quelque chose s'est passé dans ma tête, ca c'est bloqué, je ne savais plus réfléchir, tout allait trop vite. J'avais l'impression que j'allais tomber dans les pommes, vomir. Je me suis tournée vers un policier, j'ai demandé « est-ce qu'il est encore en vie ? »
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Non.
Mon Nico, mon petit Nico, celui que j'ai aimé pendant tous ces mois. Putain, nan !
Je n'y ai pas cru, ça n'était pas possible. J'ai crié NON de toutes mes forces, tes parents sont venus vers moi, m'ont serré dans leurs bras. Comme je dis, j'avais l'impression que la situation n'était pas réelle, que tout ça c'était mon imagination. Je me suis agenouillée au bord de la route. J'ai pleuré, j'ai tapé du poing par terre, j'ai crié. J'ai compris que tu étais dans la tente jaune, mais on m'a dit de ne pas y aller si je voulais garder une bonne image de toi, que c'était mieux de garder les souvenirs. « Mon dieu c'est pas vrai, dites moi que ce n'est pas vrai » cette phrase je l'ai répétée une cinquantaine de fois. J'ai appelé une ou deux amies, puis j'ai prévenu ton meilleur ami, toulot.
C' est dans ces cas là qu'on remarque les gens qui sont la pour nous. C'est dans ce cas là qu'on peut voir les fondements d'un groupe d'amis, qu'on peut voir le lien. Le soir même on s'est tous réunis, on a parlé, on a pleuré. Qu'est ce qu'on peut dire quand on est dans mon cas ? Je ne sais plus où j'en suis, je suis tout a fait perdue. Quand tout le monde est parti, j'ai pris des somni pour ne pas penser, pour faire le vide. Le lendemain, j'allais me réveiller, sans toi. Ta sonnerie attribuée dans mon gsm ne sonnerait plus jamais, je n'entendrai plus jamais ta voix, je ne te serrerai plus dans mes bras. Toute une période de ma vie est partie en fumée avec toi. Il y a eu comme une cassure avec ma vie d'avant, un coup dur.
Jeudi 16 juillet : Le lendemain, on est venu te voir. J'ai une pensée toute particulière pour Toulot, qui était loin et qui a du avoir beaucoup de mal à surmonter ça, sans nous voir, sans te voir. Au funérarium, tout le monde attendait dans la cour, les yeux rouges, la gorge serrée. J'me souviendrai toujours des attitudes des gens quand j'suis arrivée. J'ai pas pu faire autrement que de serrer tout le monde dans mes bras, j'avais besoin de sentir qu'ils étaient la et de leur dire que j'avais besoin d'eux. On a ouvert les portes, ces couloirs, cette odeur, ces fleurs. Puis on est arrivé devant la porte de ta « chambre ». Je me souviendrai toujours, j'ai pris mon courage à deux mains, ou du moins ce qu'il me restait de force. Je suis entrée. Parmi les images qui resteront gravées dans ma mémoire, celle-ci est celle que je voudrais oublier. Je ne t'ai pas reconnu, ce n'était pas toi. Je t'ai tenu la main, j'ai touché ton front, tes joues.. J'ai eu mal, très mal, j'avais la gorge serrée, les yeux humides. J'entendais des gens qui pleuraient derrière moi, mais je n'ai pas pleuré devant toi ce jour la. Je ne sais pas combien de temps je suis restée. Mais on est partis, ensemble et en silence.
Ton enterrement avait lieu le lundi 20. Il fallait le préparer, faire les textes etc.. C'est pour ça que ce même jeudi, on s'est encore tous réunis, et on a préparé ton texte, avec notre titulaire, et l'ancien directeur. On savait pas quoi mettre, on voulait qqch. de beau mais les mots ne venaient pas. Pour finir je trouve que le texte était bien, juste. C'était dur.
Le lendemain, ma mère et moi sommes allés acheter des fleurs pour toi, je ne suis pas obligée de le raconter, mais ça m'a marqué. On est entré dans le magasin, et on est allé à la caisse. Puis quand la vendeuse a demandé si elle pouvait nous aider, ma mère et moi on s'est mises à pleurer, et on a pas réussi a parler.. La vendeuse a du comprendre puisqu'elle a sorti le catalogue « In memoriam 2009 ». Je n'aurais jamais cru devoir faire ça aussi tôt. Choisir des fleurs pour décorer le cercueil de mon petit ami. Après ça on est allé chez toi, tes parents m'avaient demandé de les aider pour l'enterrement, il fallait choisir la musique, les textes, les bougies .. Rentrer chez toi, alors que tu n'y es plus est une des choses les plus difficiles que je dois encore affronter. Voir cet endroit dans lequel on a été si heureux, ce fauteuil dans lequel on est restés pendant des heures, tous ces lieux... Encore maintenant, 3 mois plus tard, je n'y arrive pas sans avoir la gorge nouée. J'ai donc fait comme on m'a dit, on m'a prété ton ordi portable, j'ai choisit la musique. J'ai voulu trouver de l'electro douce pour la cérémonie, pétante pour la sortie. Je voulais quelque chose qui te ressemblais. J'espère que j'ai réussi, car j'ai longtemps hésité. J'ai pris une chanson qui comptait beaucoup pour nous deux, un peu notre chanson, celle qu'on écoutait souvent quand on était ensemble. Puis une qui me semblait appropriée. Pour la sortie ta maman a proposé aerodynamic parce que tu la mettais souvent dans la voiture pour aller a St-Luc et je pense que la question ne se posait même pas : Justice, We are your friends.
Le vendredi, j'suis allée te dire adieu. J'suis rentrée, j'étais seule avec toi dans cette pièce. J'osais pas prononcer un mot, mais j'me suis lancée, j'ai parlé à un corps. J'ai dit des conneries, les choses qui me passaient par la tête, j'ai voulu te sourire une dernière fois, j'ai dit que j't'aimais, j't'ai demandé de te réveiller, d'arréter cette blague, j'avais déjà en trois jours souffert plus que dans toute ma vie, j'ai pleuré, puis j'ai essayé de me reprendre.. puis non allez, REVEILLE TOI NICO, pitié. Pleurs. Mais tes mains froides m'ont rappelée à l'ordre, non, tu ne te réveillerais plus. C'était fini. Un dernier bisou, sur la joue, un dernier regard vers ce Nico que je ne reconnaissais pas. Et je suis repartie chez moi. Il y a comme eu un déclic, pendant que j'marchais dans les rues de Mouscron, que j'passais dans la petite rue en pleurant, les yeux rouges, j'voyais ces gens heureux à coté de moi.. Je me suis dit, et maintenant, qu'est ce que tu fais louise ? Je veux te revoir nico, mais j'ai une vie à vivre, j'espère qu'elle me réserve quelques bonnes choses, qu'un jour ça ira mieux, car j'ai décidé de continuer, de voir ce qui peut encore m'arriver. Je me suis dit, Louise, dans quelques années, tu seras comme ces gens la, tu auras ta vie, tu auras surmonté. Ce temps n'est pas encore arrivé, je sais que j'en suis encore loin. Ce vendredi la, j'suis retournée chez toi, tes parents voulaient que j'sois la quand on ouvrirait ton sac à dos, qu'on trierait tes affaires, et qu'on mettrait des choses dans ton sac qui seraient avec toi pour toujours. Et encore des moments très difficiles, car déjà fallait vider ton sac, voir les derniers objets que tu avais touchés, puis j'suis aussi rentrée dans ta chambre pour la première fois depuis que tu n'étais plus la. C'était affreux, cette pièce que j'connaissais par c½ur, avec tous les souvenirs qui revenaient à ma mémoire, avec ton odeur, ta vie, tous ces objets qui te représentaient, tes habits, ton bordel tel que tu l'a laissé le 15 juillet, rien n'avait encore été déplacé. J'ai pris deux ou trois objets que j'ai mis dans ton sac, dont un truc tout à fait débile, mais qui m'touche. Le jour de la st Val, à l'hopital, on mangeait des bonbons, et y'en avait en forme de c½ur, on avait dit qu'on en garderait chacun un, qu'on le mettrait dans une boite, et qu'on l'aurait tout le reste notre vie. J'ai pris la boite pour la mettre avec toi. Ta maman m'a proposé de prendre des pulls. J'ai ouvert ta garde robe, et j'ai essayé tes habits. Y'en avait que tu avais portés peut etre pendant à peine une heure et que tu avais remis la, ils sentaient ton odeur, c'était horrible, j'avais mal. J'ai pris ton Franklin&Marschall, ton tomy bordeau, et ton hollister gris. Quand j'les porte j'ai l'air d'un sac, mais j'en ai rien a foutre, c'est comme si j'pouvais encore te faire vivre. Chose irréelle, j' ai essayé ton slim noir, il est exactement à ma taille. J'ai pu le prendre aussi. Je n'ai pas osé demander ton gilet aberc. Bleu, pcq il fallait laisser des choses pour ta s½ur, qui a autant de mal, (ou plutot plus de mal, et c'est logique), que moi à surmonter la situation. Bref , après on est redescendus, on a ouvert ton sac... dur. Ta montre s'est cassé avec le choc, on sait exactement à quelle heure ca s'est passé.
17h09.
On sait aussi sur quel album tu es mort, et la je suis particulièrement mal. « A cross the universe. » Tout s'est finit pour toi sur la même musique avec laquelle tout a commencé pour nous deux. Il faut que j'arrête de m'attacher aux cotés symboliques, c'est un pur hasard, mais ça fait très bizarre. Je suis « contente » que tu sois parti sur une musique que tu adorais. Il parait que tu n'as pas souffert, que tu es mort sur le coup, tellement violent. Je ne sais pas à quoi tu pensais, je ne sais pas si tu te sentais heureux à ce moment la. Je l'espère de tout mon c½ur. Enfin, on a vidé, et on a rerempli. Puis tes parents sont allé mettre ton sac à tes coté, avec toutes tes affaires à l'intérieur. Ton gsm avait 36 appels en absence. Je ne suis pas allée avec eux, je n'aurai pas pu te voir à l'interieur de ton cercueil. Les dernières images que j'avais de toi étaient déjà assez douloureuses.
J'ai vécu comme un zombie, le samedi et le dimanche, mais j'avais encore cette petite force qui me disait de faire de mon mieux pour te faire un enterrement digne. J'attendais quelque chose. J'ai vu mes amis, le plus souvent possible, puis le Lundi est arrivé. Je ne sais pas trop comment te parler de ton enterrement, j'ai eu du mal, je n'y arrivais plus, je saturais. Je ne savais pas comment j'allais réagir, en voyant ton cercueil, l'eglise, les PCB qui étaient venus chanter pour toi, etc. J'ai pris qq médicaments pour dormir, le dimanche soir.
A 9h30 on était à l'église, on gonflait des ballons, on pliait les papiers, on répartissait un peu les gens. Puis ça a commencé. C'était très religieux, je me souviens que le 2e prêtre s'endormait, c'était affreux. J'regardais tes parents, j'leur montrais le prêtre, on se souriait. Puis je regardais ton cercueil et j'avais honte. Honte de cette cérémonie, honte de ces paroles religieuses qui ne te correspondaient pas. Je t'ai assez connu pour savoir que l'église, t'en avais pas grand-chose à faire. J'voyais ce gars mettre une hostie au dessus de sa tête et chanter. J'voyais pas les choses de la même manière. Enfin bref. Notre chanson est passé juste au moment ou j'me suis levée pour passer à coté de toi, j'ai cru que j'allais m'effondrer, tomber, m'enfuir en courant, hurler.. Je me suis contentée de marcher, bien entendu. Il y avait beaucoup de monde là pour toi. Et si on avait pu retirer ce coté religieux, ça aurait été beau. Puis la fin de la messe est arrivée, les amis et moi on est allé détacher les ballons, j'étais nerveuse, j'en pouvais plus, j'voulais rentrer chez moi, j'voulais pleurer tranquillement, seule. Puis une fois qu'on avait détaché les ballons, j'ai entendu We are your friends, j'ai eu un pincement au c½ur. Ces paroles, que tu mettais sur ton pseudo, quand t'étais malade, tu trouvais que c'était ce qui allait bien avec ta situation. Nous on allait jamais te laisser seul, on sera toujours tes amis. T'es passé a coté de nous avec nos ballons, j'ai serré les dents et senti la présence de tous mes amis derrière moi. J'avais des vieux fous rires nerveux, j'me serai foutu des baffes putain ! J'ai remarqué que quand je controlais pas la situation, je pleurais et j'riais en même temps, ca s'est aussi produit le jour ou j'me suis fait renversée par une voiture, j'te l'avais raconté, BREF . T'es sorti, et on a laissé ton esprit s'envoler en paix. On a suivile corbillard, tes parents m'ont dit de venir avec eux, j'ai fait la connaissance de ton neveu alors que toi t'étais juste devant dans le cercueil, mignon hein ? Il comprenait rien a ce qu'il se passait le pauvre, il me demandait « et donc c'est la fête pour parrain ? et il est ou parrain ? » Puis on est arrivé au cimetière, j'ai vu une multitude de gens passer devant moi, j'connaissais pas la moitié d'entre eux et si je les croise dans la rue j'aurai sûrement oublié qui ils sont. Puis j'ai vu qu'on t'avait enterré pendant que les gens passaient et présentaient leur condoléance. La, pour la première fois de la journée, j'ai pleuré, j'ai vu la réalité en face, ce cercueil, ce cimetière, ces fleurs, ces pleurs. J'ai rencontré tes cousines et ta famille à ton enterrement, j'aurais franchement préféré avoir une autre occasion.
Voila, il n'y a plus vraiment eu de grand événement, j'suis partie en vacances quand même, les pires de ma vie, isolée alors que j'avais besoin d'être entourée, des journées ou j'avais rien d'autre a faire que penser à toi. Le temps est passé, j'ai tenu bon, je tiens bon. C'est affreux, je vis les événement auxquels tu aurais du participer, Je pense tout le temps à toi, je ne sais plus ou j'en suis. Je suis tombée dans une dépression plus que profonde, je n'ai plus goût à la vie, plus envie de rien. Mais je continue, les temps sont durs. Il manque un Nicolas Delbrouck dans ma classe, il manque un Nicolas Delbrouck dans ma vie. Tu restes la personne la plus extra ordinaire que je n'aie jamais connue, tu n'avais que des qualités, tu es aussi la seule personne dont je ne sois jamais tombée amoureuse. On dit que le premier amour est celui auquel on pense tout le temps, on dit aussi qu'on pense toute notre vie aux gens qui ont disparus. Je penserai toujours à toi, et je pense que jamais je ne serai remise, il y aura toujours ce pincement aux c½ur (qui pour l'instant ressemble plus à une grosse entaille qu'à un pincement) J'espère qu'on se reverra.
Adieu. ♥
Ce n'est pas un dixième de l'horreur, de la tristesse, de la colère ni même du vide que je ressens. Les émotions sont inexprimables quand elles dépassent un certain seuil.
